Un licenciement pour faute grave n’est pas une fatalité pour le salarié. Lorsqu’il intervient dans un contexte d’arrêt maladie ou de problèmes de santé, il peut dissimuler une discrimination prohibée et conduire, comme dans le dossier défendu par notre cabinet, à la nullité pure et simple du licenciement, avec réintégration et paiement de l’intégralité des salaires perdus.
Dans l’affaire jugée d’abord par le Conseil de prud’hommes de Bordeaux puis par la Cour d’appel de Bordeaux, notre client, salarié depuis plus de 20 ans, avait été licencié pour faute grave alors qu’il se trouvait en arrêt de travail pour maladie. La juridiction prud’homale puis la Cour ont requalifié ce licenciement en licenciement nul pour discrimination liée à l’état de santé, rappelant la protection spécifique dont bénéficient les salariés.
Notre client travaillait depuis novembre 2000 dans une entreprise de distribution de produits alimentaires, initialement comme chauffeur-livreur puis comme chef d’équipe transport. Il percevait un salaire brut moyen de plus de 3 200 € mensuels (rémunération prise en compte par la Cour pour calculer l’indemnité d’éviction).
En février 2022 :
Malgré une ancienneté de plus de 21 ans, l’employeur a opté pour la faute grave, privant ainsi le salarié de préavis et d’indemnité de licenciement. Le licenciement est intervenu en pleine période d’arrêt de travail, ce qui imposait un examen attentif du respect du principe de non-discrimination lié à l’état de santé.
Dans la lettre de licenciement, l’employeur reprochait notamment à notre client :
Mais l’employeur a aussi mentionné expressément l’arrêt maladie, reçu le 18 février et daté du 17 février, couvrant une absence à compter du 16 février.
La lettre allait jusqu’à indiquer que la société ne pouvait « que s’interroger sur le caractère complaisant de cet arrêt de travail ».
Cette formulation met directement en cause :
Alors même qu’aucun contrôle médical n’avait été diligenté, ni aucune plainte ou signalement auprès de l’Ordre des médecins.
Le médecin traitant de notre client a d’ailleurs confirmé, par écrit, avoir constaté un état justifiant un arrêt de travail impératif daté du 16 février, précisant que les propos de l’employeur sur un prétendu « arrêt de complaisance » étaient diffamatoires.
Je veux une étude personnalisée de ma situation
Notre cabinet d’avocats spécialisé en droit du travail a saisi le Conseil de prud’hommes de Bordeaux pour contester son licenciement.
Nous demandions :
Pour établir la discrimination, ont notamment été produits :
Pris dans leur ensemble, ces éléments ont conduit les juges à considérer que le salarié présentait des faits laissant présumer une discrimination fondée sur l’état de santé.
Dans ce cas, la charge de la preuve se renverse : il appartient alors à l’employeur de démontrer que sa décision est justifiée par des éléments objectifs, étrangers à toute discrimination.
Le Conseil de prud’hommes a jugé que :
L’employeur a interjeté appel de ce jugement.
La Cour d’appel confirme que :
Sur les conséquences :
En tenant compte d’une réintégration prévisionnelle quatre ans après le licenciement, l’indemnité d’éviction a été fixée à 155 536,40 € bruts, à parfaire selon la date effective de réintégration.
Par ailleurs, la Cour :
L’affaire de notre client illustre concrètement l’intérêt, pour un salarié licencié pour faute grave, de ne pas se résigner et de saisir le Conseil de prud’hommes, en particulier lorsque le licenciement intervient dans un contexte d’arrêt de travail ou de fragilité de santé.
Un licenciement peut être habillé en « faute grave » tout en reposant, en réalité, sur un motif prohibé : l’état de santé, la grossesse, l’exercice d’un mandat, etc.
La juridiction prud’homale va alors :
Dès qu’apparaissent des éléments laissant présumer une discrimination, l’employeur doit prouver que sa décision est totalement indépendante de l’état de santé.
La différence est majeure :
- Droit à réintégration (sauf impossibilité matérielle) ;
- Droit à une indemnité d’éviction couvrant l’intégralité des salaires entre le licenciement et la réintégration, sans application du barème ni déduction des éventuels revenus ;
- Remboursement, par l’employeur, d’une partie des allocations chômage à France Travail ;
- Condamnations complémentaires possibles (formation, préjudice distinct, etc.).
La faute grave laisse une trace lourde dans un parcours professionnel. La faire annuler permet :
Un salarié en arrêt maladie peut être licencié, mais jamais en raison de son état de santé.
Si des éléments laissent penser que la maladie, l’arrêt de travail ou les absences pour raison de santé ont joué un rôle dans la décision, il peut s’agir d’une discrimination entraînant la nullité du licenciement.
Plusieurs indices peuvent alerter :
- La lettre de licenciement met en cause votre arrêt maladie (doutes sur sa sincérité, allusions à un arrêt de complaisance, reproche d’une absence alors qu’un arrêt a été transmis dans les délais, etc.) ;
- Le licenciement intervient très peu de temps après un arrêt ou une reprise de travail ;
- Vous avez fait l’objet de remarques négatives en lien avec votre état de santé ;
- D’autres collègues malades rapportent un climat similaire vis-à-vis des arrêts de travail.
Notre cabinet d’avocats peut analyser votre lettre de licenciement et vos pièces (arrêts de travail, mails, attestations) pour vérifier s’il existe une présomption de discrimination.
Oui. En matière de licenciement, le délai de recours est en principe de 12 mois à compter de la notification du licenciement.
Il est donc important de réagir rapidement, de conserver tous les documents (contrat, bulletins de salaire, lettre de licenciement, arrêts de travail, échanges mails) et de consulter un avocat pour analyser la stratégie la plus adaptée.