Un salarié expatrié a tout intérêt à saisir un juge en cas de rupture abusive de son contrat de travail à l’étranger, comme l’illustre l’affaire de notre cliente examinée par la Cour d’appel de Pau le 2 février 2023.
Enseignements d’une décision récente en faveur de notre cliente.
Lorsqu’un salarié expatrié voit son contrat de travail rompu de manière irrégulière ou abusive à l’étranger, la tentation est parfois de penser que la distance, la loi locale ou la filiale d’accueil rendent tout recours complexe, voire impossible. Pourtant, une décision récente apporte une démonstration éclatante du contraire : saisir un juge peut permettre au salarié expatrié d’obtenir la requalification de la rupture, des indemnités substantielles et la reconnaissance de ses droits fondamentaux.
C’est ce qu’a obtenu notre cliente, expatriée en Amérique du Nord, dans un contentieux porté devant le Conseil de prud’hommes puis devant la Cour d’appel de Pau. L’arrêt rendu le 2 février 2023 constitue une référence importante pour tous les salariés en expatriation.
Cette analyse s’appuie sur une affaire emblématique tranchée par la Cour d’appel de Pau (2 février 2023). Pour comprendre le raisonnement du juge et la stratégie retenue (résiliation judiciaire, employeur réel, indemnisation), découvrez l’étude complète :
Les salariés expatriés subissent parfois des ruptures brutales décidées par la filiale étrangère :
Ces situations les laissent souvent sans revenu, sans statut, et parfois sans solution de retour dans leur pays d’origine.
Dans l’affaire de notre cliente, la filiale américaine avait prétendu enregistrer une « démission verbale », immédiatement contestée par la salariée. Aucune procédure de licenciement régulière n’avait été engagée. La salariée s’est retrouvée privée de rémunération, de couverture sociale et de toute possibilité de reclassement.
Contrairement aux idées reçues, un expatrié peut saisir la juridiction française lorsque :
Dans notre affaire, la Cour d’appel constate que :
La conséquence est déterminante :
La société française demeure l’employeur réel et doit assumer toutes les obligations liées au contrat.
Une fois la qualité d’employeur établie, la Cour d’appel a analysé la rupture intervenue à l’étranger.
Elle relève notamment :
La Cour prononce alors la résiliation judiciaire du contrat de travail aux torts exclusifs de l’employeur, produisant les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Cette requalification ouvre droit à :
L’affaire de notre cliente illustre parfaitement ce que permet une action judiciaire :
Le juge identifie l’employeur réel et met fin à l’opacité créée par l’organisation internationale du groupe.
Quel que soit le pays où la rupture est intervenue, celle-ci doit respecter les règles du droit applicable au contrat.
Dans cette affaire, la salariée a obtenu des sommes importantes correspondant notamment :
La Cour a condamné la société à indemniser :
La salariée a également obtenu :
Cette décision démontre qu’un expatrié n’est jamais démuni, même en cas de rupture brutale opérée par une filiale étrangère.
Lorsque la société mère conserve un pouvoir de direction, le droit français s’applique, et le salarié peut obtenir :
La saisine du juge constitue souvent la seule voie pour protéger ses droits et rétablir une situation professionnelle et personnelle injustement compromise.
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Oui. Un salarié expatrié peut saisir le juge français même si la rupture de son contrat de travail est intervenue à l’étranger, lorsqu’il existe un lien avec la France (notamment lorsque l’employeur réel est une société française ou que le pouvoir de direction est conservé depuis la France).
Le juge français est compétent dès lors que :
- Le salarié reste sous la subordination juridique et l’organisation de l’employeur français ;
- La société française exerce un pouvoir de direction significatif (missions, rémunération, critères de performance, etc.) ;
- La relation de travail réelle continue avec l’entité française malgré l’expatriation du salarié.
La rupture abusive peut être requalifiée par le juge en licenciement sans cause réelle et sérieuse si :
- Aucune procédure de licenciement n’a été respectée ;
- Il n’existe pas de volonté claire et non équivoque de démission de la part du salarié ;
- Le salarié est privé injustement de travail, de salaire et de droits sociaux ;
- La rupture viole les obligations essentielles de l’employeur.
Lorsqu’une rupture est requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse, le salarié expatrié peut obtenir :
- Indemnités de rupture (indemnité de licenciement, indemnité compensatrice de préavis, congés payés) ;
- Dommages-intérêts pour rupture abusive ou sans cause réelle et sérieuse ;
- Rappels de salaires jusqu’à la date de la décision de résiliation judiciaire ;
- Indemnisation de la perte de droits sociaux (pôle emploi, cotisations retraite, etc.) ;
- Paiement des heures supplémentaires et contreparties de repos, malgré le statut d’expatrié.
Oui. La jurisprudence reconnaît que les indemnités de rupture (indemnité de licenciement notamment) doivent être calculées par référence aux salaires perçus dans le dernier emploi effectif, y compris le salaire d’expatriation, même si le contrat ou la convention collective locale prévoit des modalités moins favorables.
Outre les indemnités classiques, le salarié peut obtenir :
- La restitution ou compensation des droits sociaux perdus (assurance chômage, retraite, formation) ;
- Le paiement d’heures supplémentaires non acquittées ;
- La reconnaissance de l’exécution déloyale du contrat ouvrant droit à réparation complémentaire.
La saisine du Conseil de prud’hommes constitue souvent la voie principale pour faire valoir ses droits : elle permet de faire reconnaître l’employeur réel, requalifier une rupture abusive et obtenir la réparation intégrale des préjudices subis.
Oui. L’affaire mentionnée montre que le droit français peut s’appliquer à des situations de rupture arbitraire des contrats de salariés expatriés, même lorsque la rupture a été décidée à l’étranger par une filiale étrangère, dès lors que l’employeur réel est identifiable et que la subordination juridique est maintenue.
Théoriquement, si le juge le propose et si les parties y consentent, la réintégration est possible, bien que ce soit rare en pratique dans un contexte international. À défaut, le juge octroie des indemnités compensatoires.
Non. Le juge analyse la qualification de l’employeur réel et la relation de travail effective pour déterminer si le droit français s’applique, indépendamment du contrat local ou du droit étranger initialement applicable.